Je veux cette fois écrire une critique de livre, mais il y a quelque chose de particulier cette fois-ci; mes critiques de livres je les place sur le site du journal Voir. Si je veux aujourd'hui écrire ma critique sur le blog c'est parce que j'ai vécu une expérience en lisant ce livre: ce n'était pas la première fois que ça m'arrivait, non, c'était la deuxième; la conviction que cette histoire se rapporte à des personnes que je connais bien.
Il s'agit du roman Eparpillé, de Benoit Roberge. Je connais Benoit Roberge, comme tout le monde ou presque, pour l'avoir vu à la télévision. Ce beau brun brumeux est scénariste et fait des chroniques à la télé. Il écrit très bien d'ailleurs, a un style recherché, imagé, étonnamment imagé, d'une façon qui est un peu passée de mode: les écrivains ne prennent plus le temps de bien écrire. Lui soigne son style d'écriture comme il soigne ses propos de chroniqueur.
Mais d'une autre façon, axée non pas sur l'humour mais sur l'émotion, sur l'expression des sentiments. Il explique lui-même dans les premières pages sa façon de voir la vie, ou plutôt la façon dont son personnage voit la vie, cherchant en tout la subtilité, l'original; il se raconte des histoires à lui-même. C'est seulement un paragraphe, constitué de courtes phrases dont chacune me rappelait un souvenir de mon séjour en Espagne en 1974, qui m'a fait dire: ce jeune, assez jeune pour être le fils d'un ou d'une des 200 étudiants du groupe...
Et sans doute de quelqu'un que j'ai bien connu; une amie avec qui il y a eu de ma part échange de deux lettres seulement; et puis j'ai perdu sa trace. Soit dit en passant, d'avoir des nouvelles ça me fait réaliser que j'aimerais bien la revoir. Le bébé... eh, oui; c'est vrai, les ressemblances sont là. Une belle histoire, comme dans cette chanson d'amour, A las puertas del cielo, dont mon amie avait ramené la cassette (Benoit y fait référence en employant cette expression: le ciel rose romance).
Une fille qui attirait la douceur; qu'elle l'ait prénommé Benoît ne me surprend pas; Benoit ça sonne doux. Une belle blonde de seize ans, demeurant à Montréal; un bel espagnol ténébreux, Juan. Je sais que dans sa lettre elle m'a dit que Juan et elle s'écrivaient, mais rien concernant un bébé en cours. Elle avait sans doute l'intention de me l'écrire, mais puisque ça a été sa seule lettre...
Je me souviens que sa mère à elle était en Espagne en même temps que nous cet été-là. Alors pour savoir quel genre de mec sa fille avait rencontré là-bas elle était en mesure de savoir. Les Espagnols sont des gens ouverts, aimables, généreux, calmes et solides, ils ont de belles qualités.
Mais revenons au roman, une histoire d'amour ayant pour cadre la ville de Montréal; il y a également une petite incursion dans le sud de la France... Une fille qui a un prénom composé... Cette fille travaille comme serveuse dans un établissement que le narrateur fréquente; un personnage connu, un Européen, a aussi été vu quelques fois à cet endroit: cela devient pour lui un sujet de conversation, avec cette jeune fille.
Mais, la fois d'après, quand il revient au restaurant, elle n'est plus là. Il la connaît à peine, mais il voulait vraiment la connaître, et il part à sa recherche. C'est cette recherche qui fait de cette romance quelque chose de vraiment attachant.
Comme quand quelqu'un est retournée en Espagne.